Nous sommes jeunes, beaux, ou presque. Nous avons de 15 à 19 ans et nous buvons des bières. On fume on sort et on prend des photos. Nous detestons le monde, mais tout est rose fluo, alors on y songe pas. Feindre la désinvolture, c'est une façon de faire attention à son apparence ; et nos fringues sont si chères, que même en sous vêtements, nous valons des centaines. On est des peace and love, des hippies idôlatrant le rock français, et les jolies paroles qui gueulent sur le système et que nous ne comprenons pas. Nous n'avons pas d'argent, mais la mode n'attends pas. On va a des concerts et on est défoncée, ou bien on fait semblant ; l'attitude est la même. Nous sommes des anti-conformistes, des rebelles, des rejetés de la société et on porte des jeans troués, des chemises trop grandes et des Doc Marteens, pour faire comme le type avec qui on a enfin réussi à être ami et qui peaufine notre image. Nous pompons notre personnalité sur les autres en affirmant le contraire. Nous affichons des goûts, dans la pire des ignorances. Nous sommes de droite, de gauche, c'est à n'y rien comprendre ; nous choisirons le hype.
Mais demain, tout sera différent, et on critiquera l'image qui nous renvoie l'ancien-soi. Le passé est ringard, le présent à raison, le futur ; on s'en fout. Regardez-nous, nous sommes jeunes, beaux, et prétentieux. Tout est moche autour de nous, mais notre vie est belle et injuste à la fois. Nous critiquons nos semblables, car eux sont nuls, nases, ridicules, faux, pathétiques. C'est tellement bien de feindre d'être vrai, et de l'afficher de manière révoltée sur une page internet plusieurs fois par jour, pour flatter son égo...